Just Before the Battle
Samedi matin - Le réveil se fait en douceur, aidé par la douce lumière du jour. La nuit n'a pas été froide, ni trop humide, chose surprenante pour cette saison, et dans cette région. Nous sommes dans les bayous, au bord de la Yazoo River, où rôdent les alligators... et les rebelles. Nous ne sommes que deux pour le moment. Arrivés en éclaireurs depuis la veille, nous savons qu'en face, ils ne sont pas loin. Mais pas beaucoup plus nombreux. Ce qui ne les rend pas moins dangereux.
Depuis la veille que nous sommes là, nous avons établi le campement sur une petite hauteur, bordée de bosquets et d'amas granitiques, formant une défense naturelle. Nous avons renforcé cette défense par des rails fences. On est jamais trop prudent.
Puis les renforts sont arrivés, à notre grand soulagement. Nous nous sentons tout de suite moins seuls. Mais déjà, la tension monte. Nous savons qu'en face aussi, ils ont reçu des hommes supplémentaires. L'accrochage est imminent. Dernières corvées d'eau et de bois, puis O'Bryan fut envoyé vers l'avant surveiller les mouvements ennemis. Une patrouille fut organisée pour repérer les alentours. Mais peu après la fin de cette patrouille, un coup de feu éclata, venant de la position du private O'Bryan, que nous vîmes bientôt arriver en courant. Les Sudistes arrivaient, avec des intentions peu amicales. Nous étions prêts à en démordre. Empoignant nos fusils, nous nous précipitâmes sus à l'ennemi, avec aussi peu de discipline que des jeunes recrues. Le private Bradfeet resta en arrière pour garder le camp. Avec ces maudits rebs, tout était possible. Mais nous réussîmes à les repousser, jusqu'à les retrancher sur leurs positions. Puis nous eûmes la chance d'avoir deux hommes supplémentaires en renforts. Fraîchement arrivés, ils n'avaient même pas eu le temps de passer par le camp et durent se battre avec leur paquetage entier.
Enhardis par cette arrivée, nous redoublâmes d'effort. Mais nos pertes étaient lourdes. Moi-même je fus touché et dû renoncer au combat. Bientôt, l'ordre de repli fut donné. Nous avions eu l'avantage, mais les Sudistes avaient réussit à nous repousser.
Honte et héroïsme
Rentrés au camp, nous nous préparâmes pour le repas. Il était déjà pas loin de midi, et il ne fait pas bon se battre le ventre vide ! Tandis qu'un piquet de garde fut désigné et posté au dehors du camp, qu'une corvée d'eau fut envoyée et une patrouille mise en route, Je restais en compagnie du private O'Bryan en garnison. Nous ne craignions pas grand chose. Les fusils étaient à portée de main, deux hommes patrouillaient tandis que deux autres surveillaient les alentours à partir d'un point de vue donnant sur toute la vallée de la Yazoo... Que pouvait-il nous arriver ?
C'était sans compter sur la ruse de ces diables en gris. Opérant un large tour pour contourner notre piquet de garde, ils nous prirent à revers ! O'Bryan et moi furent tellement surpris, interloqués par cette attaque soudaine, que nous ne pûmes esquisser aucun geste, pousser aucun cri... C'est ainsi que nous fûmes maîtrisés sans qu'un seul coup de feu soit tiré.
Remis de ma surprise, je bouillonnais de rage. Bien décidé à saisir la moindre occasion pour m'enfuir et avertir mes camarades, je n'en eu pas toute de suite la possibilité. La sentinelle désignée pour nous surveiller ne nous quittait pas des yeux, et pour comble de malheur, ils nous fourrèrent dans la tente A, où il n'existe bien sûr, aucune issue...
Normalement...
Je connaissais bien cette tente A, je l'avais montée moi-même la veille avec le private Bradfeet. Je savais qu'une des sardines tenant le coin le plus éloigné de la tente était mal fixée. Un plan germa très vite dans mon esprit, mais je ne pus le mettre tout de suite à exécution. En effet, la sentinelle nous surveillait toujours, et je craignais que mes gestes ne lui mettent la puce à l'oreille, ruinant tout espoir de s'enfuir.
Pendant ce temps, au dehors, Bradfeet et Ingalls, s'étant rendu compte de l'assaut, tentaient de reprendre le camp. Mais inférieurs en nombre, ils furent vite maîtrisés à leur tour, et nous rejoignèrent bientôt dans la tente. Même traitement pour le private Boldwin, revenant de corvée d'eau, qui se fit cueillir à son retour sans un coup de feu.
Mais cela fit mon affaire, dans un sens. Car entassés comme nous l'étions dans la tente, j'étais caché à la vue de notre garde-chiourme. Je commençais donc ma manoeuvre, son l'oeil perplexe de O'Bryan. J'enlevais la première sardine et, sous le poids de la tente, les autres ne tardèrent pas à céder à leur tour. La tente vacilla, un des Sudistes eut juste le temps de s'exclamer avant que la toile ne s'effondra sur nous, manquant d'assommer Boldwin. Bondissant sur mes pieds, je soulevais la toile et m'enfuis droit devant moi, sans me retourner, la peur au ventre, bien décidé à me rattraper pour cette bévue qui mettait tout le monde dans la panade la plus totale. Mais j'avais choisi le chemin le plus difficile, celui qui descendait à pic vers la rive de la yazoo river. Je glissai sur le terrain boueux, trébuchai et finis ma descente sur le ventre, à la façon des pingouins sur la banquise. Pas le temps de me relever, je me sentis empoigné, rudement remis sur pieds, pour faire face à ladite sentinelle qui, visiblement courroucée, avait bien l'air décidée de me ramener auprès de ses copains. Dommage pour moi. Pourtant, j'étais soulagé, car dans de ma chute j'avais pu voir O'Bryan s'enfuir à travers les bois. Et revenu au camp, j'appris qu'Ingalls lui aussi avait réussi à s'enfuir. Mais au même moment, Morillon s'était fait avoir lui aussi, et nous étions donc encore quatre prisonniers des Sudistes. N'ayant plus de tente où nous enfermer, le sergent commandant le détachement ennemi décida de nous asseoir sur une gum blanket, puis de nous ligoter purement et simplement. Pas de cordes ? Pas grave ! Il mit bout à bout nos cuirs et nous boucla avec. A chaque mouvement que l'un d'entre nous faisait, les autres manquaient d'étouffer tant nous étions entravés courts. Je débordais de rage et de frustration, n'hésitant pas à insulter nos geôliers, écopant quelques coups de crosse au passage. Mais je ne décolérais pas. Cette situation semblait sans issue...
[A suivre]