pour continuer notre série sur les chevaux de cavalerie, voici quelques unes des anecdotes les plus mémorables de la guerre de Sécession portant sur ces animaux. Vous vous rappelez de King Philipp, le cheval du général confédéré Nathan Bedford Forrest. Mais ce ne fut pas le seul à avoir sa part de petite histoire. Beaucoup de ces chevaux restèrent dans les mémoires comme exemples de sagacité, de courage et de fidélité, comme s'ils comprenaient les enjeux et l'importance de la guerre. Beaucoup de chevaux de généraux furent aussi importants aux yeux de la troupe qu'ils l'étaient aux yeux de leurs maîtres...
Pour rester sur le général Forrest, il faut tout d'abord savoir qu'il détient le record de chevaux tués au combat. près de 30 chevaux furent tués sous lui, dont deux à trois par bataille ! Mais c'est probablement de lui que nous tenons les anecdotes les plus surprenantes. En voici les deux principales :
RODERICK, LE DEVOUEMENT FAIT CHEVAL
Roderick fut certainement le cheval qui a le plus marqué Forrest. C'était l'un de ses favoris, et il le lui rendait bien, le suivant partout où il allait dans l'enceinte du camp. A Thompson Station, Roderick, touché à trois reprises, continua à charger. Forrest descendit de selle et enfourcha une autre monture. Mais, entendant les bruits de la bataille, Roderick s'enfuit et retourna vers son cavalier, sautant trois clôtures. Il fut fauché par une balle au moment même où il réussit à le rejoindre.
CHEVAL BÊTA
En 1864, après avoir longuement poursuivit les Fédéraux, Forrest et ses hommes étaient aussi fourbus que leurs chevaux. Un après-midi, après une bataille près de Salem, ils étaient toujours sur leur piste quand les membres de son escorte se rendirent compte que le général était endormi sur sa monture. La question alors fut de savoir qui allait hériter de la dangereuse mission de le réveiller. Après une brève discussion, la situation fût réglée quand le cheval de Forrest, dormant lui aussi, quitta la route pour s'écraser contre un arbre. Cheval et cavalier roulèrent au sol, et Forrest resta un long moment inconscient...
Mais Forrest ne fut pas le seul à avoir de fabuleuses histoires avec ses chevaux. Comment parler de chevaux de la Confédération sans parler de Traveller, le gris du général Robert E. Lee ???
TRAVELLER, LE CHEVAL LEGENDAIRE
Traveller était un cheval gris fer de race Morgan, élevé dans le comté de
Greenbrier, près de
Blue Sulphur Springs. Poulain, il fut donné comme premier prix d'une foire à Lewisburg (Virginie). Quand les hostilités éclatèrent entre le Nord et le Sud, le cheval, appelé "Jeff Davis" appartenait au Major Thomas L. Broun, qui l'avait payé cent soixante quinze dollars-or. Il vit pour la première fois le cheval dans les grises montagnes de Virginie, et s'attacha aussitôt à lui, l'appelant sans cesse "mon poulain".
Au printemps 1862, le cheval devint officiellement la propriété de Lee, qui le paya $200. Le général le rebaptisa "Traveller", et à partir de ce jour, la vision du général Lee sur son cheval gris devint une habitude.
Lee eut de nombreuses montures durant la guerre. Elles s'appelaient "Grace Darling", "Brown Roan", "Lucy Long", "Ajax" ou encore "Richmond, mais "Traveller" garda une place toute particulière dans son coeur. De couleur gris charbonné, il avait une longue crinière et une queue gracieuse. Toisant 1,60m au garrot, il avait 5 ans en 1862 et sa physionomie était déja musculeuse, avec une poitrine profonde, une arrière main courte, le front large, des yeux vifs et des sabots fins et délicats. Sa foulée souple et rapide et son endurance l'ont vite fait remarquer dans les camps confédérés. Sur une marche longue et ennuyeuse avec l'armée de Virginie, il portait son cavalier sur 5 à 6 milles à l'heure facilement, et malgré une journée harassante, paraissait le lendemain aussi frais et fringuant qu'au début.
Et malgré les privations et la dureté de la guerre, "Traveller" survécut. Ce fut lui qui mena le Général Lee à Appommatox-Court-House pour sa reddition, et ce fût lui qui le ramena vers son armée défaite, puis à Richmond.
Après sa mort en 1872, "Traveller" fût enterré. Mais plusieurs dizaines d'années plus tard, à la suite de nombreuses demandes, son squelette fût déterré, monté et exhibé au
Washington and Lee University à Lexington (Virginie). Après soixante années d'exhibition, le 8 mai 1971, le cheval fût à nouveau enterré à l'extérieur de la chapelle des Lee, à l'Université, près de la crypte familiale.
LITTLE SORREL, LE CHEVAL DEROBE DE STONEWALL JACKSON
Au début des hostilités, le général Thomas J. "Stonewall" Jackson montait un vieux baroudeur de onze ans, "Big Sorrel", rapidement déclaré inapte au service. Le 9 mai 1861, alors que Jackson commandait la garnison de
Harper's Ferry, un convoi de ravitaillement ennemi fut capturé. Il y avait à l'intérieur une trentaine de chevaux, dont l'un d'eux attira plus particulièrement l'attention du général. Il envoya l'animal vers le département de son Etat-Major pour son usage personnel. Ce cheval était "Fancy", qui deviendra par la suite "Little Sorrel" (ou "Old Sorrel"). C'était un cheval plutôt petit (pas plus de 1,50m au garrot) et fin, voire émacié, mais qui possédait une remarquable endurance. "Little Sorrel" porta Jackson à travers de nombreux champs de bataille balayés par les balles, et il était avec lui quand il tomba sous le feu de ses propres hommes à la bataille de Chancellorsville.
En 1884, la plus grande curiosité de la foire de Hagerstown (Maryland), était ce vieux roublard de cheval de guerre, "Little Sorrel", attaché dans un corral, mâchant tranquillement des légumes et du foin. A la fin de la journée, presque tous les crins de sa crinière et de sa queue avaient disparus, dérobés par les chasseurs de reliques. Car bien après la guerre, ce cheval était aimé et estimé par les Sudistes, devenu la mascotte de l'Institut Militaire de Virginie.
A sa mort, les admirateurs de Jackson envoyèrent la carcasse de l'animal à un taxidermiste, et sa dépouille gisa jusqu'en 1997 à la "Maison du Soldat" à Richmond (Virginie), date à laquelle ses ossements furent enterrés sur les terres de l'Institut militaire de Virginie.
Le Sud n'a pas le monopole des belles histoires. Si nous regardons côté fédéral, nous pouvons y trouver d'autres anecdotes du même acabit. Les plus connues sont celles du général Ulysse S. Grant, grâce au témoignage de son fils, Frederick Dent Grant.
JACK, LE CHEVAL DE TOMBOLA
Quand la guerre éclata, Ulysse S. Grant fut nommé colonel du 21th d'infanterie de l'Illinois et pour la rejoindre, il acheta tout spécialement un cheval à Galena (Illinois). Ce cheval, bien que de forte stature, fût déclaré inapte au service et, quand il alla rejoindre son régiment, Grant campa pendant plusieurs jours au bord de la rivière Illinois.
Pendant ces jours-là passait un fermier montant un splendide cheval nommé Jack. C'était un étalon noble et de haute stature, intelligent et plein d'entrain, doué pour tout. Sa robe était crème, ses yeux noirs comme ses jambes, et ses crins argentés. C'était un cheval de grande valeur et Grant en fit l'acquisition comme monture supplémentaire, et le montait pour les parades militaires et autres cérémonies occasionnelles. Il le monta aussi à la fin de la bataille de Chattanooga (novembre 1863). Au moment de la
Sanitary Fair de Chicago, le général Grant en fit don, et le cheval fut mis en tombola, apportant $4 000 à la Commission Sanitaire.
LE KANGOUROU MIRACULE
A la fin de la bataille de Shiloh, les Confédérés laissèrent sur le terrain un cheval alezan maigre et décharné, laid et visiblement propre à rien. Pour plaisanter, les officiers qui trouvèrent cet animal l'envoyèrent au Colonel Lagow, "avec leurs compliments". Le cheval, nommé "Kangaroo" à cause de son apparence, fut l'objet de nombreuses plaisanteries, et beaucoup raillèrent le cadeau fait au Colonel. Mais quand Grant le vit, il déclara au colonel que c'était un pur sang et que s'il n'en voulait pas, il serait heureux de le récupérer.Ce qui fut fait. Et contre toute attente, après une courte période de repos, de bonne alimentation et de soins, "Kangaroo" retrouva toute sa beauté et sa vigueur, et Grant put le monter durant la campagne de Vicksburg.
JEFF DAVIS, LE PONEY NOIR
Durant le siège de Vicksburg, un raid de cavalerie arriva à la plantation de Joe Davis, le frère du président de la Confédération Jefferson Davis, et y captura un poney aussi noir que du charbon. Il était usé, mais très facile à monter, et fut d'abord utilisé de temps en temps par le fils du général Grant, Frederick Dent Grant. Peu à peu, le poney reprit en vigueur et fut bientôt en assez bonne santé pour servir régulièrement.
A cette époque Grant senior souffrait de furoncle, et ses inspections quotidiennes des lignes étaient un véritable calvaire à cause des soubresauts nerveux de sa monture. Il décida donc de récupérer le poney noir, car sa démarche était douce et agréable. Après évaluation de l'animal, Grant le racheta et le garda jusqu'à la mort du poney, survenue bien après la guerre civile, et il fut toujours connu sous le nom de "Jeff Davis".
Sources :
Civilwarhome,
Petcaretips,
Virginia Military Institute,
Hurst, Jack. Nathan Bedford Forrest. A Biography. New York, Vintage Books, 1994. 448 p.
Merci à McShan pour son aide précieuse sur les chevaux de Forrest.