C'est à proximité de Beauvais, dans l'Oise, que c'est déroulé le week-end dernier le camp du Maryland Ranch. Une vingtaine de personnes étaient attendues pour ce rendez-vous, venant des quatre coins de la France (sans oublier nos amis Belges).
Pour l'occasion, le 20th Maine représentait le 122th Ohio. En effet, le thème choisit pour cet événement était la bataille de Winchester, et le 20th Maine n'y avait historiquement pas participé. Le 122th était par contre retranché dans la ville, encerclé par les Rebelles, eux-mêmes représentés lors de notre camp par le 10th Louisiana.
La suite des événements que je vais vous conter ne seront qu'une partie de ce qui s'est déroulé. En effet, j'ai été durant ce camp à plusieurs reprises coupé du reste de l'unité, et n'ai donc qu'une vision partielle des escarmouches qui ont eut lieu. Mais cela n'en restera pas moins intéressant, comme vous pourrez le constater par la suite !
Drill et retrouvailles
les premiers participants arrivèrent tôt dans la matinée, et les retrouvailles fûrent chaleureuses. Pensez donc ! Cela faisait, pour certains, près d'un an qu'ils ne s'étaient pas vus !
Une fois tous les participants - ou presque - arrivés, nous regroupâmes nos paquetages au camp nordiste, puis nous équipâmes pour un entraînement commun au skirmish drill. Le temps était au beau, autant en profiter, car le dernier entraînement sur ce camp nous avait laissé un peu "froids"... Il avait plu sans cesse, et nous avions été frigorifiés toute la matinée.
Le skirmish drill est pour moi l'un des entraînements les plus intéressants à exercer et à parfaire. En effet, il demande une excellente coordination au soldat car il travaille en binome, mais lui demande aussi une certaine autonomie. A lui de respecter son intervalle avec ses voisins, à lui de garder la ligne le plus rigoureusement possible. Même s'il y a un caporal en principe pour veiller à cela, vaut mieux le faire soi-même plutôt que de se faire botter les fesses !
Nous nous entrainâmes donc une grande partie de la matinée, révisant le roulement des tirs, l'avancée, la retraite, le déplacement latéral... Il fallait une certaine synchronisation dans le groupe et après quelques flottements, le résultat était très satisfaisant.
Après un repas frugal, les tours de garde furent organisés. je fis partie du premier "detail", et n'en fut qu'à moitié surpris. J'avais le chic pour récupérer ce genre de tâches. mais j'avais une bonne équipe avec moi : le caporal de garde était Teddy Bear, et les autres sentinelles étaient le private Boldwin et le private Stubborn.
Notre mission était d'empêcher toute attaque surprise de la part des rebelles, et de tenir la ville désertée par ses habitants. Le caporal Teddy Bear nous disposa donc de la façon la plus judicieuse possible. Le scénario pouvait à présent commencer, nous étions prêts.
Galvanisation opportuniste
je pris donc place à la position que m'avais désigné le caporal Bear. C'était un endroit tout proche de l'entrée de la ville, avec vue sur la plaine, mais terriblement proche de l'orée de la forêt. Et pour la première fois, je commençais à avoir peur. Cette peur qui vous prend par surprise, à laquelle vous ne vous attendiez pas. Une peur irrationnelle, viscérale, qui vous fait imaginer toute sortes de choses ; Le vent bruissant dans les arbres, le soleil jouant sur les feuilles, les oiseaux perchés bruyamment sur les branches... Tout prenait pour moi une signification menaçante. Je voyais là un reflet de fusil, là une tête dépassant de derrière un arbre, là encore un bruit de pas, ou encore un ordre étouffé.
Pourtant, cet instant fugace ne dura pas, et la confiance revint. J'étais à portée de voix du caporal de garde, le private Boldwin n'était pas loin, je n'avais donc aucune crainte à avoir.
Et pourtant !
Pas même un quart d'heure plus tard, j'entendis des coups de feu. Pensant au début à l'entraînement au tir des miens, je ne m'alarma pas, mais bientôt les tirs, loins de s'apaiser, doublaient d'intensité et n'avaient pas cette régularité qu'ils ont lors de l'entrainement. C'était bien une attaque ! Profitant probablement d'une faille dans notre système de garde, ils s'étaient rapprochés au plus près possible du camp, le bruit de leur approche couvert par le vent soufflant dans les arbres, et leurs uniformes se confondant avec la couleur du sous-bois.
Je restais un instant indécis, cherchant la meilleur attitude à adopter. La réponse vint quand un sudiste se profila à ma vue, me tournant le dos, trop occupé à canarder mes camarades pour regarder derrière lui. Je ne suis pas genre à tirer dans le dos. Alors, profitant de l'aubaine, je me glissait derrière lui et dès que je fus à portée de voix, je lui sommais de se rendre. Pris au dépourvu, le sudiste leva les mains, vaincu. Intérieurement, je jubilais. Premières minutes de combat, premier prisonnier. Le week-end promettait !
Làs ! Les retournements de situation existent, même quand on s'y attends ! J'avais bien vu ce deuxième sudiste qui avait fuit lors de mon approche, et j'avais négligé le danger qu'il pouvait représenter. Alors que je tentais d'emmener mon prisonnier vers mes lignes, il déboucha de l'angle d'une maison et me canarda. De surprise, je lui tirais dessus en même temps, au jugé, et le rata. Me jetant en arrière pour éviter le tir, je perdis l'équilibre et tombai en arrière. La situation se renversa alors littéralement. De chasseur, je devenais gibier, et l'alternative qu'on me proposa fut simple : la "mort" ou la traîtrise.
J'avoue bien humblement que je ne fus pas long à me décider. J'étais frustré de n'avoir tiré qu'un seul coup de fusil jusqu'ici, et je ne voulais pas en rester là pour la première escarmouche de la journée. De plus, et ce n'est un secret pour personne, je suis bleu de raison mais gris de coeur. Alors parfois, le coeur l'emporte sur la raison... Les deux Sudistes ne furent donc guère surpris quand je choisis de rejoindre leur rang.
Il y a quelque chose de palpitant à tirer sur sa propre couleur d'uniforme. En toute symbolique, on frise le danger, on brave l'interdit... Une expérience certes pas inédite pour moi, mais toujours aussi pleine d'émotions. Je joignis donc mon fusil à ceux des Rebelles, et la bataille continua, sans qu'un camp ne semble l'emporter sur l'autre. A un moment, alors que des bleus nous débordaient par l'arrière, j'avisais le sergent Ingalls, et je dis à mes voisins :
" - C'est Ingalls ! Laissez-le moi !"
Pensez donc ; Le gars le plus gradé de ma compagnie ! Une occasion à ne pas rater, et qui ne se représenterait peut être pas avant longtemps ! Louvoyant entre les maisons vides, je m'approchais de lui, en toute confiance. Il ne devait pas se douter que j'étais passé à l'ennemi, et vu sa surprise quand j'épaulai mon arme et lui tirai dessus, je compris que j'avais deviné juste. Le sergent s'écroula dans un râle et ne bougea plus.
J'eus quand même quelque remors, et alors que je me déplaçais pour rejoindre le reste des gris, j'eus la fugace envie d'aller le voir et de m'excuser, de me justifier. Mais j'avais choisit mon camp à présent, et il fallait que j'en assume les conséquences ! Ceci dit, je fus bien vite puni, car l'instant d'après, je fus capturé par mon propre caporal de garde, Teddy Bear, qui ne tarda pas à s'écrier quel traitre j'étais. La bataille se termina peu de temps après, avec un net avantage pour le camp sudiste.
Tirer d'abord, se renseigner ensuite
Une fois les Sudistes repartis, nous reprîmes notre système de garde. Le private Stubborn, souffrant de la chaleur, demanda la permission d'oter sa veste. Le private Boldwin et moi, voulant agacer notre caporal, fîmes la même requête. Le caporal, otant son képi, se frotta un instant les yeux en disant "Alors attendez, comment vous le dire..." Puis il mima un accès de désespoir en jetant son couvre chef à terre et en le piétinant, se désolant d'avoir sous ses ordres un tel détachement. C'était à se tordre de rire ! Mais nous n'eûmes pas gain de cause, et dûmes rester avec notre veste, malgré la chaleur rendue supportable uniquement par le vent qui soufflait. Pour me punir de ma traîtrise et de mon insubordination, le caporal me posta à un endroit en plein soleil. Mais pas pour longtemps ! Révisant son système de garde, le sergent passa peu de temps après, et me déplace dans un endroit du sous-bois. Un sacré soulagement !
La seconde escarmouche fut plus longue à venir. Soucieux de me faire pardonner mon attitude de tantôt, j'observais une veille attentive, et soudain, j'avisais un sudiste dont je devinais la silhouette tapie dans le bois. J'en avertis aussitôt le caporal Bear, et nous l'observâmes en silence. Apparement, il était seul, ce qui nous lassait pas de nous rendre perplexe. Demandant la permission d'avancer, je tentais d'en voir plus, mais le sudiste reculait au fur et à mesure de mon avancée.
Soudain, le détachement nordiste partit en patrouille dû tomber - en embuscade ou par hasard, je l'ignore - sur les Sudistes, car des coups de feu commencèrent à retentir. Mon premier mouvement fut de rejoindre le champ de bataille, bien décidé à ne pas rester en arrière. Mais le caporal me somma de rester à mon poste, nous étions les seuls à pouvoir défendre le camp en cas de reflux de l'ennemi. Et bientôt, je vis une silhouette approcher vers nous en courant. Bien décidé à ne pas le laisser passer, je le mis en joue et m'apprêtais à tirer quand le private Boldwin, non loin de moi, me cria " - tires pas, c'est Ingalls !"
Oups... La boulette n'était pas passée loin, et le sergent, se rendant compte de la méprise s'écria : "Palouse, je vais croire à de l'acharnement !"
La bataille se termina finalement à l'intérieur même du village. Et je peux vous assurer d'une chose, les combats urbains sont autrement plus intenses que les combats en forêt ou en plaine. Il y a mille endroits où se dissimuler, mille endroits d'où peut déboucher l'ennemi, on doit avoir les yeux partout et l'oreille aux aguets, si on ne veut pas finir avec un tir dans le dos... Je me souviens d'avoir échappé à un tir de Gaston, pour mieux me jeter sur le fusil de Ouioui !
Le combat cessa sur ce qui me sembla être un match nul. Au loin, le tonnerre grondait, alors qu'un suttler fut organisé. Se fut pour nous l'occasion d'une trêve tacite et d'une franche partie de rigolade. On se serait crû sur la place du marché de Saint Germain un samedi matin !
La soirée se passa gaiement, entrecoupée par les averses orageuses. Nous ne craignions heureusement pas la pluie grâce au côté couvert du corral où nous nous étions mis, confortablement installés sur la paille des chevaux.
Dress parade in full marching order !
Le soleil nous réveilla tôt dans la matinée, bien avant le
roll call. Il faut dire qu'avec les camps d'automne et d'hiver, nous avions pris l'habitude de nous lever avant l'aube. Mais si nous avions sû ce qui nous attendais, je crois que nous aurions mis moins d'enthousiasme à nous lever !
En effet, au
roll call, le sergent nous annonça son intention, après le petit déjeuner, de nous inspecter lors de la
dress parade en
full marching order ! Il nous fallut donc astiquer nos cuirs, nettoyer nos armes, brosser nos vêtements, préparer le paquetage...
Une fois l'inspection achevée, nous eûmes le droit aux nouvelles des autres théâtres d'opération, et nos victoires étaient saluées par des hourras enthousiastes de notre part et huées par les Sudistes.
Une fois la dress parade achevée, les sudistes repartirent dans les bois, hors de notre vue. En commun accord avec mon détachement, le caporal Bear et moi-même nous portâmes volontaires pour la nouvelle garde. Nous avions vite compris que si on voulait être en première ligne, la garde était ce qu'il y avait de mieux pour ne rien rater.
Nous n'eûmes pas à attendre longtemps. La bataille fût intense mais de courte durée. Malgré tous nos efforts, l'avancée sudiste était inexorable, et après une charge aussi héroïque qu'inutile, nous dûmes battre en retraite, vaincus, décimés. Les rebelles tenaient à présent la ville et notre camp, et nous n'avions aucun autre choix que de rassembler nos forces pour tenter de les leurs reprendre. Nous nous regroupâmes donc dans la plaine, hors de portée des fusils de l'ennemi, et nous entâmames un large mouvement tournant à travers bois, pour prendre les Sudistes à revers. J'avoue que rarement j'avais connu une progression si pénible. L'air, déjà chaud en ce milieu de matinée, n'était même plus rompu par le vent qui nous soulageait la veille. Le sous bois était encore humide de la rosée du matin, rendant l'atmosphère lourde et étouffante et les herbes tapissant le sol glissantes. Combien de fois ai-je juré en dérapant sur du lierre au sol aussi glissant qu'une patinoire, ou en trébuchant sur des racines affleurant le sol ?
Nous arrivâmes finalement à notre destination, et notre attaque fut un succès. Ce fût au tour des sudistes de connaître la défaite, et ils dûrent quitter la ville, qu'ils n'auront tenu somme toute qu'un bref moment. Forts de notre succès, nous décidâmes de continuer sur notre avantage et repartîmes bientôt à la poursuite de l'ennemi. Mais celui-ci avait eu le temps de se resaisir et était bien planqué. Sur notre suggestion, à moi et au caporal Bear, le sergent nous détâcha en tant que
flankers. Mais cela n'eut, finalement, pas beaucoup d'importance, sauf pour nous-mêmes... Nous fûmes les premiers à découvrir l'ennemi, mais aussi les premiers à "mourir" !
L'ultime assaut
Après une courte trève pour le repas du midi (qui fût bien courte car nombre d'entre nous n'eurent pas le temps de se nourrir), la garde, qui avait été avancée loin dans la plaine, fût de nouveau au contact de l'ennemi. Moi et certains des autres soldats, qui étions restés en arrière en réserve, sautèrent sur nos armes et accourûmes au plus vite. Certains n'avaient même pas pris le temps de repasser leur veste, et combattaient en chemise ! Notre rapidité fût un atout certain, car nous pûmes briser le mouvement ennemi, qui consistait à nous attaquer de flanc. Je restais un long moment avec le gros de la troupe puis, remarquant le sergent isolé et visiblement en difficulté face à un groupe de sudiste, je choisis de le suivre et de le soutenir sur cette partie du front. Mauvais choix ! L'ayant un court instant perdu de vue, je n'avais entendu qu'un cri, puis plus rien... M'approchant prudemment, je tombais quasiment nez à nez avec une partie des troupes de l'ennemi, entourant un sergent tombé au sol semblant plus mort que vif ! Fais prisonnier, je suivis donc le reste de la bataille en spectateur. Je pus donc voir que le sergent fut bien vite vengé, car les Nordistes contraignirent les rebelles à les charger sur une route, encadrée par des taillis trop touffus pour y pénétrer. Leur tirant dessus en enfilade, les bleus firent une véritable hécatombe, et la victoire finale fut donc pour nous.
Victoire finale en effet, car après cette splendide bataille, un bon café et un temps de pause, il était temps pour nous de déjà songer à rentrer et à retrouver notre bon vieux XXIe siècle. Il était le milieu d'après midi, et le travail nous attendait le lendemain, surtout que certains d'entre nous avaient plusieurs heures de route devant eux !
Ce camp fut donc très sympathique, et intéressant par plusieurs abords. Il nous permit de nous perfectionner dans le combat en tirailleur, nous donna une idée de ce que pouvait être le quotidien des soldats de garde, avec passage des relèves, et surtout, nous permit de tous nous retrouver une nouvelle fois.
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Pour plus de renseignements sur la seconde bataille de Winchester :
Wikipédia